EMIR 3.0 : la dernière réforme pour renforcer l’autonomie financière européenne
Entré en vigueur le 24 décembre 2024, le règlement EMIR 3.0 (1) (European Market Infrastructure Regulation) vise à renforcer la résilience des infrastructures de compensation européennes et à limiter la concentration des risques sur des chambres de compensation (en anglais CCP : Central Counterparty Clearing House) situées hors de l’Union européenne. Avec cette nouvelle réforme d’EMIR, Bruxelles poursuit une mission duale : consolider l’indépendance stratégique de l’UE et renforcer la compétitivité des infrastructures de marché européennes.
L’Active Account Requirement : l’obligation majeure introduite par EMIR 3.0
L’Active Account Requirement (AAR) se décline en deux principales obligations pour les contreparties financières et non-financières assujetties :
- Obligation de détention d’un compte actif auprès d’une chambre de compensation basée dans l’Union européenne
- Obligation de représentativité des transactions compensées via ce compte
L’AAR s’applique au périmètre de produits suivants :
- Dérivés de taux d’intérêt OTC libellés en euros
- Dérivés de taux d’intérêt OTC libellés en zlotys polonais (PLN)
- Dérivés à court terme (Short-Term Interest Rate derivatives – STIR) libellés en euros
Cette mesure phare d’EMIR 3.0 est entrée en vigueur le 24 juin 2025. Dans son rapport final publié le 19 juin 2025 (2), l’ESMA vient préciser les exigences réglementaires attendues sur les principaux changements introduits par EMIR 3.0, dont l’AAR et les obligations de reporting qui en découlent.
On y voit une volonté de rapatrier une part substantielle des activités de compensation sur le sol européen et limiter la dépendance vis-à-vis de CCP établies dans des juridictions tierces, principalement au Royaume-Uni. En effet, malgré la présence de chambres de compensations au sein de la zone euro, Londres demeure un acteur incontournable dans la compensation de ces produits. En 2024, le volume de dérivés de taux EUR IRS compensé par LCH SwapClear a atteint environ 62 000 milliards d’euros, devançant Eurex dont le volume s’est établi à 3 200 milliards d’euros (3).
Frise chronologique de la réglementation EMIR 3.0
AAR : applicabilité et impacts
Les exigences de l’AAR s’appliquent selon différents seuils basés sur le volume de notionnel des transactions traitées :
- A partir de 3 milliards € : l’obligation de détention d’un compte actif s’applique
- A partir de 6 milliards € de contrats compensés : l’obligation de représentativité s’applique
- Dès 100 milliards € de contrats compensés : la fréquence de vérification de la représentativité devient mensuelle
De nouvelles obligations de reporting avec l’entrée en vigueur de l’AAR
Les exigences réglementaires concernant l’AAR s’articulent autour de trois reportings principaux :
- La vérification du bon fonctionnement du compte actif
- L’obligation de représentativité des transactions compensées via le compte actif
- Un rapport sur les activités et les expositions de la contrepartie
Le fonctionnement du compte actif
Les contreparties assujetties à l’AAR doivent pouvoir certifier que leur compte actif est opérationnel. Pour cela trois critères s’imposent :
- Une documentation contractuelle complète disponible : accords de clearing signés avec la CCP UE incluant les annexes spécifiques aux produits concernés
- Connectivité IT opérationnelle : interfaces techniques prêtes pour l’envoi d’ordres, confirmations et rapports en temps réel
- Procédures internes en place : équipes formées et disponibles pour traiter les opérations via ce compte
Les tests réalisés pour vérifier le fonctionnement du compte
Afin d’évaluer le bon fonctionnement du compte actif, la réglementation impose aux contreparties de réaliser des stress-tests permettant de :
- Vérifier que les systèmes peuvent gérer une augmentation significative du volume de transactions
- Garantir que le compte actif reste performant lors de charges élevées ou de volumes exceptionnels de transactions à traiter
Les résultats doivent être documentés, et une certification écrite de la CCP doit confirmer que le compte peut supporter jusqu’à 85 % de l’activité totale de compensation dans les catégories de dérivés concernées.
Une exemption est prévue pour les contreparties qui traitent plus de 85% de leurs contrats de dérivés au sein de chambres de compensation basées dans l’Union européenne.
L’obligation de représentativité des transactions compensées via le compte actif
Les contreparties assujetties à l’AAR doivent faire compenser un nombre minimum de transactions à travers leur compte actif, pour que celui-ci ne soit pas considéré comme purement symbolique.
En matière de reporting, elles doivent rapporter le nombre de transactions compensées par sous-catégorie de produits dérivés via des templates dédiés, disponible dans l’Annexe 1 de la section 7.6 des normes RTS publiés par l’ESMA le 19 juin 2025.
Pour chaque classe de dérivés, les sous-catégories sont déterminées selon :
- Des fourchettes de maturité
- Des fourchettes de taille de transaction
Les contreparties doivent fournir un template par classe de dérivés. Les différentes classes de dérivés concernées par l’AAR sont spécifiées dans la section 5.1 du rapport final des normes RTS. La collecte des données permettant de remplir ces templates inclut :
- Le nombre de transactions compensées auprès de CCP de pays tiers d’importance systémique (Tier 2) et de CCP européennes autorisées
- Les sous-catégories pertinentes pour chaque classe de dérivés
- Classification selon les fourchettes de maturité et de volume traité
- Durée de la période de référence appliquée pour le calcul du nombre de transactions
- Dates de début et de fin de la période couverte par le reporting
- Indication si le nombre de transactions dans une sous-catégorie dépasse la moitié du total des transactions sur 12 mois
Ce reporting permet d’assurer que les transactions compensées en Europe sont représentatives de l’activité réelle de la contrepartie par rapport au volume de transactions compensées auprès de CCP de pays tiers.
Concernant le nombre minimum de transactions à renseigner au sein des templates, des exemptions sont prévues à partir d’un certain seuil de transactions traitées via ce compte actif.
Le rapport sur les activités de la contrepartie et ses expositions aux risques
Dans ce rapport, les contreparties doivent indiquer, pour chaque catégorie de contrats concernée, le montant notionnel brut en cours correspondant à la moyenne des positions de fin de mois sur les douze derniers mois. Ces positions sont ventilées :
- Par catégorie de dérivés (EUR OTC IRD, PLN OTC IRD, EUR STIR)
- Par chambre de compensation (UE et hors UE)
Le rapport permet aux autorités compétentes de déterminer si une contrepartie dépasse un des seuils spécifiés ci-dessus, ce qui détermine par la suite les exigences réglementaires auxquelles les contreparties sont assujetties.
Les prochaines étapes pour les banques assujetties à l’AAR
Avec l’adoption par la Commission européenne du règlement délégué concernant les normes RTS, le 29 octobre 2025 (4), les contreparties doivent fournir les reportings AAR au régulateur en juillet 2026. A partir de ce jalon, les reportings seront fournis à une fréquence semestrielle. Sont attendus :
- La déclaration de conformité du compte actif donnée par la chambre de compensation
- Un rapport sur l’obligation de représentativité composé des différents templates par sous-catégorie de classe de dérivés
- Le rapport sur les activités et les expositions de la contrepartie
Comment vous accompagner dans la mise en œuvre des obligations EMIR 3.0
Dans ce cadre, Fincley Consulting met à profit sa compréhension des enjeux financiers et ses compétences de maîtrise d’ouvrage pour accompagner les banques dès le diagnostic :
- Analyse des normes RTS
- Analyse des portefeuilles par classe de produits, simulations de franchissement des seuils
- Définition d’une trajectoire cible
Nous vous accompagnons ensuite dans la mise en œuvre de cette trajectoire :
- Définition et pilotage de la roadmap EMIR 3.0
- Cadrage et suivi des projets IT et data
- Construction de tableaux de bord de seuils et de représentativité.
- Réalisation de stress tests sur les comptes actifs
- Collecte des certifications de CCP
- Formalisation de la documentation attendue par les superviseurs
Enfin, Fincley Consulting assiste les établissements bancaires dans leurs interactions avec les autorités compétentes :
- Préparation des communications
- Réponses aux demandes ad‑hoc
- Mise en avant des dispositifs de contrôle interne

Pierre BOISSINOT
Associé
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Arthur LECORNU
Senior Manager
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Cameron GARVEY
Consultant
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Sources :
(2) Rapport Final de Normes RTS – AAR – ESMA
