Banques et développement durable, un duo qui se cherche encore ?

Avec la crise sanitaire, 40% des Français jugent désormais que la lutte contre le réchauffement climatique est une préoccupation majeure[1]. C’est deux fois plus qu’il y a un an. Dans tous les domaines, les Français tendent désormais vers une consommation plus responsable basée sur l’engagement des entreprises et des marques en développement durable. A l’image des secteurs de l’alimentaire et de la mode, beaucoup ont amorcé ce virage, et la finance n’y échappe pas : les clients souhaitent se tourner vers des banques plus responsables et éthiques. Et pour cause, chaque moyen de paiement dispose de sa propre empreinte environnementale : une transaction par carte bancaire (en proximité ou à distance), présente un impact environnemental 7 fois plus faible qu’un paiement en espèces.

Pourtant si les banques prennent de plus en plus en compte les normes éthiques et morales dans leur pilotage et leur gestion interne (en intégrant notamment des indicateurs dédiés), leur offre de produits durables à leurs clients reste très limitée à ce jour. Les tendances du marché confirment également qu’il s’agit d’un enjeu clé puisque 41% des Français estiment que la présence de solutions durables renforcerait leur confiance auprès des banques[2].

Où en est donc le secteur bancaire dans son virage durable ?

Les premiers pas vers un monde bancaire durable

Deux acteurs de la place se distinguent particulièrement : le Crédit Coopératif et la Nef. Ces banques accordent une importance forte aux financements des projets écologiques, sociaux et culturels. Depuis des années, elles proposent ainsi à leurs clients d’investir leur épargne au service de projets développant des activités à forte utilité sociale et environnementale. En revanche, elles peinent encore à se faire connaître du grand public et manquent particulièrement de visibilité auprès des jeunes générations.

Côté banques traditionnelles, les solutions financières innovantes durables se multiplient pour à la fois répondre à la demande croissante des clients et également réduire leur propre empreinte carbone. Elles ont ainsi généralisé les services digitaux qui deviennent la norme : la dématérialisation des documents (réduisant la consommation de papier), l’utilisation des moyens de paiement électroniques (moindre émetteur de CO2), l’allongement de la durée de vie des cartes bancaires et leur recyclage en sont quelques exemples notables. En outre, certaines banques ont engagé des restructurations, comme le Crédit Mutuel qui a massivement réduit ses investissements dans les industries liées au charbon au profit des énergies renouvelables et d’investissement dans des outils de mesure pour évaluer le niveau de carbone en portefeuille.

Toutefois, ces évolutions ne sont qu’un premier pas permettant aux banques de s’aligner sur des normes communes. D’autres banques comme BNP Paribas vont plus loin dans la démarche : l’intégration de la solution Greenly permet au client d’évaluer son volume d’émission de gaz à effet de serre sur chacune des lignes de dépenses de son relevé de compte, et de suivre mois après mois l’évolution de son empreinte carbone.

La demande pour des produits bancaires durables est bien présente puisqu’un sondage du FIR[3] démontre que 72% des investisseurs privés souhaitent retrouver des produits prenant en compte les enjeux climatiques dans leurs produits d’épargne. En revanche, le même sondage souligne le manque de visibilité de ces produits auprès des clients : seuls 5% des clients se sont vus proposer un produit ISR (Investissement Social et Responsable) par leur conseiller. La formation des équipes commerciales sur ces sujets constitue donc bien un enjeu central qui permettra aux banques de passer à l’étape suivante sur le terrain du développement durable.

L’émergence de nouveaux acteurs

Depuis 2020, des « néo-banques vertes » ont émergé dans le paysage bancaire français et se sont fixées pour objectif d’allier l’intégrité et la transparence des banques éthiques avec des processus de souscription simples et des moyens de paiement adaptés. Helios, Green-Got, et OnlyOne proposent ainsi des produits et services
« décarbonés » qu’ils déclinent chacun sur une promesse différente.

Hélios, a ainsi récemment lancé son offre basée sur un compte courant bancaire en ligne avec comme proposition ambitieuse de : « créer un nouveau modèle bancaire transparent et durable, et développer une économie respectueuse de la planète ». En ce sens, la néo-banque s’engage à un niveau supérieur de transparence en publiant publiquement la destination de l’épargne de ses clients.

De son côté Green-Got permettra à ses clients d’ouvrir leurs premiers « compte(s) de 100 % décarboné(s) », d’utiliser des cartes bancaires en plastique recyclé et de placer leur épargne de manière écologique dès mars 2021. Autrement dit, la banque s’engage à placer l’épargne de ses clients uniquement sur des supports finançant la transition écologique. Et même quand il s’agit de parrainer ses pairs, Green-Got se distingue encore en proposant de planter un arbre plutôt que d’offrir une réduction de tarif comme c’est souvent le cas dans les banques traditionnelles.

Quant à OnlyOne, la néo-banque va encore plus loin en analysant les dépenses de ses clients et en les catégorisant selon leur impact environnemental. En plus des services classiques d’une banque (compte, carte, épargne) leur objectif est d’aider les consommateurs à mieux dépenser en contrôlant leur empreinte carbone et ainsi la réduire concrètement dans leurs achats quotidiens. Enfin, OnlyOne s’engage à reverser tous les mois un euro par client et 10 % de ses bénéfices au profit de projets à impact positif sur la planète, notamment au fond UNITLIFE des Nations Unies.

Les initiatives des « néo-banques vertes » s’appuient donc sur les codes de l’expérience utilisateur qui ont fait le succès de leurs prédécesseurs, telles que Revolut ou N26, et elles vont un cran plus loin en proposant des offres entièrement orientées « green » à leurs clients. Beaucoup partagent des codes similaires en ce qui concerne le compte bancaire et l’utilisation des informations liées, l’épargne et la fabrication des cartes de paiement, dessinant ainsi les contours de standards pour l’industrie. La majorité de ces initiatives reste néanmoins récente et il sera intéressant d’observer leur adoption par les clients à plus long terme.

Perspectives

Comme souvent les jeunes néo-banques Helios, Green-Got et OnlyOne ne disposent pas encore d’agréments leur permettant de gérer directement les fonds qui leur sont confiés. Les fonds des comptes épargnes sont formellement déposés dans des établissements disposant de licences bancaires (Treezor pour OnlyOne, Solaris pour Helios). Or ces derniers ne communiquent pas encore tous la liste de leurs financements, ce qui pourrait constituer une limite importante à la promesse de transparence. Elles doivent donc encore faire leurs preuves sur l’autonomie réelle dans la gestion et l’orientation des flux financiers et sur le rendement financier de ces placements, qui restent généralement moins attractif pour les clients que les banques traditionnelles.

En outre, les initiatives de ces néo-banques se positionnent exclusivement sur l’écologie, et non sur la dimension sociale, comme peuvent le proposer les banques éthiques. Les questions d’inclusion, d’insertion par l’activité économique, de logement social ou de commerce équitable semblent encore délaissées par ces néo-banques. Le potentiel d’impact très fort des banques traditionnelles sur ces sujets (poids dans l’activité économique, réseau international, portefeuilles de clients institutionnels etc.) pourrait leur donner l’avantage. Cependant, les banques françaises ont encore des progrès à accomplir pour améliorer leur impact sur le climat, seules 51% d’entre elles proposent des produits financiers verts et 31% mesurent l’impact de leurs financements sur le climat[4]. Les Etats ont jusqu’à novembre 2021 pour soumettre leurs stratégies de développement bas-carbone pour 2050 lors la conférence des Nations unies sur les changements climatiques COP 26. Affaire à suivre…

[1] Etude de BVA pour EDF publiée par « Les Echos » en 2020 – « Covid 19 : Les Français attendent une relance verte », les Echos, 13.07.2020

[2] D’après un sondage réalisé par l’Ifop pour le FIR (Forum pour l’Investissement Responsable) en 2020

[3] FIR – Forum pour l’Investissement Responsable

[4] Source : Rapport BCS 2019 couvrant de 39 banques réalisant un reporting TCFD, représentant 40 % des actifs bancaires mondiaux

Audrey Ballara-Nectoux
Associée de Fincley Consulting
audrey.ballara-nectoux@fincley.com

Doriane Nguyen
Manager
doriane.nguyen@fincley.com

By |2021-03-31T15:38:09+00:0031 mars 2021|Publications|